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Divertissement

Vredap : ce que c'est, pourquoi le nom change, ce que dit la loi

Vredap est un site de streaming non officiel dont le nom et l'adresse changent au rythme des blocages. Pourquoi ce renommage est mécanique, ce que le droit prévoit vraiment pour celui qui regarde, et les 7 500 programmes qu'une carte de bibliothèque ouvre gratuitement.

Publié le 10 septembre 2026

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Les 5 sections de cette page
Une télécommande posée sur l'accoudoir d'un canapé devant un écran de télévision éteint

Vous êtes venu chercher l’adresse du jour. Cette page ne l’a pas, et aucune de celles qui prétendent l’avoir ne la gardera plus de quelques semaines. Vredap est un site de streaming non officiel : des films et des séries en français, sans compte, sans abonnement, à partir de copies qu’aucun détenteur de droits n’a autorisées. Tout le reste découle de là. Le nom bouge, l’adresse bouge, le catalogue apparaît et s’efface, et la seule chose stable dans cette histoire est le mécanisme qui les fait bouger.

Le financement vient de la publicité que servent les lecteurs vidéo. Pas de compte, donc pas de mot de passe à perdre. Pas de service client non plus.

Nature
site de streaming non officiel
Accès
sans compte, sans abonnement, sans installation
Financement
la publicité servie par les lecteurs vidéo
Contenus
des copies diffusées sans accord des ayants droit
Adresse
renouvelée à chaque blocage

Le nom change parce que la loi l’y oblige

Un site de ce type ne se ferme pas, il se bloque. Le détenteur des droits saisit le tribunal judiciaire de Paris sur le fondement de l’article L. 336-2 du code de la propriété intellectuelle, et obtient que les fournisseurs d’accès empêchent l’accès au domaine. Orange, Free, SFR et Bouygues cessent alors de résoudre l’adresse. Le site continue d’exister ; il devient simplement invisible depuis une connexion française ordinaire.

Longtemps, la parade a suffi : on rachetait un domaine, on repartait, et il fallait une nouvelle décision de justice pour bloquer le suivant. Ce détour a disparu au 1er janvier 2022. Les articles L. 331-27 à L. 331-34 du même code, regroupés sous le titre « lutte contre les sites miroirs », autorisent l’Arcom à faire bloquer, sans repasser devant un juge, tout service qui reprend en totalité ou pour l’essentiel le contenu d’un service déjà condamné. Elle peut aussi demander aux moteurs de recherche de cesser de le référencer. Son bilan de la lutte contre le piratage pour 2025 fait état de près de 15 200 noms de domaine bloqués, et de blocages de sites miroirs en hausse de 37 % en un an.

D’où le nom neuf. Un domaine grillé ne se récupère pas, mais un nom que personne n’a jamais tapé ne se dispute avec personne. Regardez la famille : Valdap, Ivrab, Yakriv, Ovkaz, Folmiv, Vredap. Cinq ou six lettres, deux syllabes, prononçable, aucun sens. Une marque vide, donc libre. Le jour où quelques milliers de personnes cherchent ce mot, la première page de résultats se remplit en quelques jours, parce qu’il n’y avait rien avant. Le renommage fait office de canal de distribution : une audience coupée de son adresse n’a pas d’autre moyen de retrouver le service que de chercher le nom suivant.

ÉTAPE 1Un ayant droit obtient une décision de blocage
ÉTAPE 2Les fournisseurs d'accès cessent de résoudre le domaine
ÉTAPE 3Le service repart sous un nom inventé
ÉTAPE 4L'audience le retrouve en cherchant ce nom
ÉTAPE 5L'Arcom fait bloquer le miroir sans juge

Retour à l'étape 3, avec un nom de plus. Le cycle tient quelques mois.

Ce qu’on y trouve, et ce qui manque

Le catalogue annoncé ressemble à celui de tous ses homologues : films récents, séries, animation, en version française ou sous-titrée, présentés en haute définition. Sur ce point, les descriptions qui circulent ne mentent pas. Un film encore à l’affiche qui apparaît dans un catalogue gratuit règle d’ailleurs la question du statut à lui seul : aucun service ayant négocié ses droits ne peut le proposer le jour de sa sortie en salles.

Ces descriptions s’arrêtent juste avant le point qui compte. Le site n’héberge pas les vidéos : il tient une liste de liens vers des lecteurs tiers, et ce sont eux qui diffusent. Pour celui qui s’installe devant, ça change trois choses. Un titre disponible le mardi rend un lecteur mort le jeudi, sans que le site en sache rien. La qualité affichée est celle que le site a recopiée, pas celle que le lecteur servira. Et la publicité qu’on subit appartient au lecteur, ce qui explique que deux personnes décrivent la même page de façon opposée, l’une sans gêne, l’autre noyée sous les fenêtres.

Le nom lui-même n’est pas fiable. Une dizaine de domaines le portent en même temps, chacun se présentant comme l’officiel, et rien ne permet de les départager de l’extérieur. Quant aux avis, ils sont presque tous publiés par des pages qui vendent un abonnement VPN dans le paragraphe suivant. Ce ne sont pas des avis, ce sont des arguments de vente.

Ce que vous risquez, et ce que vous ne risquez pas

La crainte la plus répandue est la lettre d’avertissement. Elle est infondée pour cet usage. La procédure de réponse graduée repose sur l’observation des réseaux pair-à-pair, où l’adresse IP de chaque participant est visible de tous. L’Arcom l’écrit elle-même : le streaming et le téléchargement direct n’entrent pas dans ce dispositif. Personne ne recevra de courrier pour avoir regardé un film sur ce genre de site.

Être hors de portée d’un dispositif ne veut pas dire être dans son droit. La Cour de justice de l’Union européenne a tranché le 26 avril 2017, dans l’affaire C-527/15 : la copie temporaire que le lecteur fabrique pendant la lecture d’un flux issu d’une source manifestement illicite ne bénéficie pas de l’exception de reproduction provisoire. Regarder est donc une reproduction non autorisée. Du côté de ceux qui mettent à disposition, la qualification est celle de contrefaçon, et l’article L. 335-2 du code de la propriété intellectuelle prévoit trois ans d’emprisonnement et 300 000 euros d’amende.

Ce que dit le droit
Ce qui est repéré
Ce qui est encouru

Le risque quotidien n’a rien de juridique. Il est dans les lecteurs tiers qui réclament une mise à jour de logiciel, dans les faux boutons de lecture et dans les domaines sosies qui demandent un numéro de carte pour un essai gratuit. Un site qu’on ne peut pas identifier ne peut pas non plus être tenu pour responsable.

Le VPN que ces pages recommandent, et dont elles vendent l’abonnement au passage, chiffre le trafic et masque l’adresse IP au fournisseur d’accès. C’est ce qui le fait présenter partout comme la réponse aux blocages. Il ne rend rien légal pour autant, et il ne protège d’aucun des risques ci-dessus : ils se produisent tous à l’intérieur du tunnel, sur la page qu’on vient d’ouvrir.

Vredap, Wiflix, Papystreaming : la même chose, un décor différent

Ces noms se citent ensemble parce qu’ils se remplacent. Ce qui les sépare tient à la fraîcheur du catalogue et au nombre de fenêtres publicitaires, deux choses qui varient d’un mois à l’autre sur un même site. Papystreaming a duré plus longtemps que la moyenne sous son nom d’origine, ce qui lui a valu une notoriété que les noms inventés n’obtiennent plus. Leur statut juridique, en revanche, est identique. Choisir entre eux revient à choisir la couleur d’un mur.

Les mêmes films, sans le jeu de piste

La consommation illicite recule en France : le bilan de l’Arcom la mesure en baisse de 34 % depuis 2021, à 14 % des internautes, soit environ 7,7 millions de personnes. La peur du gendarme n’y est pour pas grand-chose : l’offre gratuite et légale a rattrapé une partie du besoin. Quatre entrées, prises parmi les 251 services de cinéma et d’audiovisuel référencés par l’Arcom.

ServiceCe qu’on y trouveOù ça s’arrête
france.tvreplay des chaînes publiques, fictions, documentairesles titres partent au bout de quelques semaines
arte.tvcinéma d’auteur, documentaires, spectaclesfenêtres de diffusion courtes
TF1+ et M6+séries et films des chaînes privéescompte obligatoire, coupures publicitaires
Pluto TV, Rakuten TVchaînes thématiques, films de cataloguepeu de sorties récentes

Reste celle que presque personne n’utilise. Votre carte de bibliothèque municipale ouvre le plus souvent l’accès à Médiathèque numérique, le service coédité par Arte et UniversCiné : plus de 7 500 programmes, films, documentaires et séries, sans rien payer de plus que l’inscription annuelle, avec un quota mensuel fixé par votre réseau de lecture. Le catalogue n’est pas celui des sorties de la semaine. Il contient en revanche des choses qu’aucune plateforme d’abonnement ne propose, et il ne changera pas de nom en février.

Et après

La suite du repas