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Divertissement

Papystreaming : pourquoi l'adresse change, et ce qu'on risque vraiment

Papystreaming est bloqué en France par une décision qui vise des noms de domaine pour douze mois : c'est ce calendrier qui fait changer l'adresse. Ce que le site est réellement, ce que les procès-verbaux versés au dossier en disent, et pourquoi aucun avertissement ne part jamais pour du streaming.

Publié le 29 août 2026

Les 5 sections de cette page
Une tablette éteinte posée à plat sur une table de cuisine en bois, à côté d'un saladier de pop-corn

659 000 visiteurs uniques français pour le seul mois de janvier 2017. Le chiffre ne sort pas d’une plaquette : il figure dans un procès-verbal d’agent assermenté, versé au dossier du procès qui a fait bloquer Papystreaming en France. Le site est un annuaire de films et de séries en streaming, en version française ou sous-titrée, et il n’héberge aucune vidéo. Il range des liens vers des lecteurs installés ailleurs, les classe par genre, et vit de la publicité affichée autour. Aucune inscription n’est demandée, aucune durée de visionnage n’est limitée, et rien n’est payé, ni par le visiteur ni par le site aux ayants droit.

Ce que le site propose, et qui paie

L’agent qui a dressé le constat décrit une page d’accueil en mosaïque d’affiches et un menu de navigation par types d’œuvres, par genres, par derniers ajouts, par popularité, par notes. C’est l’ergonomie d’un service de vidéo à la demande, sans le catalogue : chaque fiche renvoie vers un lecteur tiers, et le site lui-même ne détient rien.

Le prix affiché est zéro. La contrepartie est publicitaire, et elle est autrement plus lourde que sur un service payant. La Hadopi, l’autorité à laquelle l’Arcom a succédé, avait passé au crible un échantillon de sites illicites : 95 % exposaient à des publicités intrusives, 79 % présentaient un risque pour la sécurité informatique du visiteur, 71 % affichaient des messages trompeurs poussant vers des abonnements dissimulés, 42 % collectaient des données personnelles. Sur 15 % d’entre eux, un programme s’installait sans qu’on ait cliqué sur quoi que ce soit.

Le même constat relève autre chose : ni mentions légales, ni identité, ni adresse physique, et des données d’enregistrement de nom de domaine anonymisées, ce qui empêchait d’identifier les responsables du site. Quand un prélèvement inconnu apparaît sur une carte bancaire après un passage par ce genre de page, il n’y a donc personne à qui écrire.

Pourquoi l’adresse change, et pourquoi elle continuera de changer

Le 15 décembre 2017, le tribunal de grande instance de Paris, saisi par six organisations du cinéma français sur le fondement de l’article L. 336-2 du code de la propriété intellectuelle, a ordonné aux quatre principaux fournisseurs d’accès d’empêcher l’accès au site depuis le territoire français. Le dispositif est précis, et ses deux limites sont écrites dans la décision elle-même : la mesure vise des noms de domaine désignés un par un, elle doit être appliquée sous quinze jours, et elle dure douze mois.

Le tribunal ne s’y trompait pas. Il note qu’une mesure visant seulement quelques noms de domaine ciblés serait « d’une efficacité très faible, voire même nulle » passé un court délai, puisqu’un administrateur peut enregistrer un nouveau nom, y rediriger automatiquement ses visiteurs et conserver son référencement. C’est pour cette raison que le déréférencement ordonné à Google a porté sur le site entier, et non sur la liste des adresses.

Le blocage coûte aussi de l’argent, et le dossier le chiffre : Orange l’a évalué à 88,31 euros par nom de domaine, à sa charge.

Depuis le 1er janvier 2022, l’article L. 331-27 du même code permet aux ayants droit déjà titulaires d’une décision de blocage de signaler à l’Arcom un site miroir, c’est-à-dire un site qui reprend en tout ou pour l’essentiel le contenu du service condamné. L’Arcom demande alors le blocage sans repasser devant un juge. Selon le bilan de l’Arcom sur la lutte contre le piratage, près de 15 200 noms de domaine ont été bloqués à sa demande en 2025, et les blocages visant des miroirs ont progressé de 37 % en un an.

Chercher l’adresse du moment revient donc à courir derrière un calendrier administratif. Un nom tombe, un autre le remplace, la même page réapparaît sous un suffixe différent, et le compteur repart.

1Un juge ordonne le blocage, nom de domaine par nom de domaine, pour douze mois
2Le site rouvre à l'identique sous un autre nom de domaine
3Les ayants droit signalent ce miroir à l'Arcom
4Le blocage est étendu sans nouveau procès

De l'étape 4, on retourne à l'étape 2. C'est cette boucle, et non une prouesse technique, qui produit les « nouvelles adresses ».

Ce que vendent les pages qui promettent l’adresse

Les premiers résultats sur ce genre de recherche se ressemblent tous. Un mois dans le titre, la promesse de l’adresse du jour, et en tête de page un lien d’abonnement à un service de réseau privé virtuel, rémunéré à la commission. L’argument qui accompagne ce lien est faux sur un point simple : un tel service chiffre la connexion et masque l’adresse IP vue par le serveur, il ne change rien à la nature du contenu regardé ni au statut du site qui le propose.

Ce que risque vraiment celui qui regarde

Les trois ans d’emprisonnement et les 300 000 euros d’amende que ces mêmes pages agitent existent bel et bien dans le code de la propriété intellectuelle. Ils sanctionnent la contrefaçon : reproduire, diffuser ou mettre à disposition une œuvre sans autorisation. Le spectateur n’est pas dans cette situation, et les condamnations prononcées visent les exploitants de plateformes.

La procédure de réponse graduée de l’Arcom, elle, ne concerne que le pair-à-pair. Le mécanisme repose sur le relevé d’adresses IP rendues visibles par les protocoles d’échange de fichiers ; en streaming, l’adresse n’est connue que du serveur contacté, et rien n’y est collecté. Aucun avertissement ne part pour un visionnage sur un site de ce type.

Rien de tout cela ne rend la pratique licite. L’Arcom rappelle que l’accès à des contenus protégés par le droit d’auteur via des services non autorisés est une infraction, et l’absence de dispositif de détection ne vaut pas permission.

Le risque le plus probable, en pratique, n’est pas judiciaire. C’est le faux bouton de lecture qui déclenche un téléchargement, l’extension de navigateur présentée comme obligatoire pour lire la vidéo, la fenêtre d’essai gratuit qui réclame un numéro de carte pour vérifier l’âge, et le prélèvement mensuel qui suit. Les applications distribuées hors magasin officiel sous le même nom relèvent de la même logique. Le nom d’un site ne dit rien de qui a compilé le fichier, et un programme installé de cette façon obtient les autorisations qu’il réclame.

Ce qu’on regarde à la place, sans payer

L’objection habituelle aux listes d’alternatives légales tient en une phrase : elles répondent par des abonnements à quelqu’un qui cherchait du gratuit. Elle est fondée. Trois offres gratuites échappent pourtant à ces listes.

France Télévisions met en ligne ses programmes en rattrapage, plus un fonds de fictions et de documentaires, sans abonnement, avec une durée de mise à disposition limitée. Arte diffuse gratuitement documentaires, cinéma d’auteur et captations de spectacles, également pour une durée déterminée. La Médiathèque numérique, coéditée par Arte et UniversCiné, ouvre un catalogue de plusieurs milliers de films aux titulaires d’une carte de bibliothèque municipale, à raison de quelques visionnages par mois selon les réseaux. C’est de loin le plus large des trois, et il coûte le prix de l’inscription à la médiathèque, souvent nul.

Les services par abonnement se jugent sur un autre terrain : ils apportent les nouveautés et les séries récentes, ce que les trois offres gratuites n’ont pas et n’auront pas.

Où regarderCe que ça coûteCe qu’on y trouveLa limite
france.tvrienrattrapage des chaînes publiques, téléfilms, documentaires, jeunesseles programmes disparaissent au bout de quelques jours à quelques mois
arte.tvriendocumentaires, cinéma d’auteur, concerts et spectaclescatalogue restreint, chaque titre a une date de retrait
Médiathèque numérique, via une carte de bibliothèquele prix de l’inscription, souvent nulplusieurs milliers de films, dont des sorties récentesun quota de visionnages par mois, fixé par chaque réseau de lecture publique
Services par abonnementà partir d’environ 6 € par mois avec publiciténouveautés, séries en cours, gros cataloguesle catalogue est éclaté entre plusieurs services, il faut choisir

Et après

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